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          Frédéric GIMELLO-MESPLOMB, Maître de conférences

 
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Interview Terry Gilliam


Par Frédéric Gimello-Mesplomb, maître de conférences en études cinématographiques à l'Université de Metz


 

Conques, 12 juillet 1998.


Frédéric Gimello-Mesplomb : Vous avez une approche de la musique de film très éclectique et assez peu élitiste. D'où vous vient cette habitude de travail?

TERRY GILLIAM : Mon approche de la musique dans mes films vient en fait de mon goût pour le rock et la pop. Quand je faisais partie des Monty Pythons, j'avais rencontré énormément d'artistes dans la mouvance rock des années 70 pour les sketches du groupe ou d'autres choses dans ce style. Je suis devenu finalement très ami avec Ray Cooper, qui était percussionniste pour Elton John et Eric Clapton. C'est Ray Cooper qui m'a présenté Mickael Kamen pour la première fois. Ce dernier travaillait lui aussi dans le monde des musiciens de rock, avec une certaine culture classique cependant, ce qui me plaisait pour les pastiches et l'esprit décalé que je recherchais.

FGM : Pour l'Armée des 12 Singes, l'approche musicale de Paul Buckmaster était toute autre. Ce compositeur a par la suite assisté Jerry Goldsmith pour les arrangements synthés de Mulan?

TERRY GILLIAM : Je suis surpris que vous m'appreniez ceci, mais cela ne m'étonne pas finalement. Paul est un musicien formidable. Je lui ai d'ailleurs fait tenir un petit rôle dans le film, il fait partie de la bande de jeunes, c'est l'un des "singes". Mais pour ce film, tout était différent en fait. C'est un film que je ne considérais pas comme entièrement mien. J'avais demandé à Paul Buckmaster une musique à la tonalité mouvante, sans thème principal, une musique ambiguë, comme l'atmosphère des musiques d'Herrmann. Et il a très bien réussi le challenge. J'ai aussi intégré sur la scène du kidnapping des tangos de Carlos Gardel interprétés par Piazolla. C'était au départ une idée de Cooper, mais j'étais convaincu que cela marcherai parfaitement avec l'image. Et finalement que retient-on du film ? Les tangos. C'est le thème principal du film, puisque le reste de la musique n'en a volontairement pas.

FGM : Quelle est votre approche de la musique de film?

TERRY GILLIAM : Je n'aime pas théoriser. Avant toute conception théorique, je préfère le rapport humain avec le compositeur. Je choisis mes musiciens s'ils savent d'abord s'imprégner de l'esprit récréatif, divertissant, de mes films. C'est très important pour moi. J'ai beaucoup travaillé avec George Fenton, notamment sur Fisher King. Je suis maintenant fidèle à Mickael Kamen. Pour moi, c'est un Grand. J'ai une communion d'esprit avec lui que j'ai rarement eu avec d'autres. C'est d'ailleurs avec lui que j'ai fait mes plus grands films. Inconsciemment ou non, on cherche peut-être aussi à retrouver l'osmose qui a fait le succès du film précédent.